Du principe de l’âme de conscience
La nouveauté qui apparaît alors résulte d’un changement dans les constituants de l’être humain : le moi et le corps astral plongent alors totalement dans le corps physique1. Le moi entre ainsi dans un rapport beaucoup plus étroit avec les forces de la pesanteur, et cette confrontation l’amène à ressentir de façon plus forte son autonomie. Le penser devient en même temps beaucoup plus dépendant du cerveau et des impressions sensorielles, avec comme conséquence la mort des concepts. Ceux-ci ne sont plus dès lors que des formes abstraites, des ensembles de définitions qu’aucun lien vivant ne relie plus (voir plus loin l’exemple de la rose). Cela ouvre par contre de nouvelles perspectives aux facultés de connaissance.
Il existe dans le cerveau antérieur une région grâce à laquelle l’homme peut, à partir de son moi, se saisir de sa propre réflexion intellectuelle. Ce cortex dit orbitofrontal se situe tout devant, un peu au-dessus des yeux. Selon Rudolf Steiner, cet organe, qui s’est formé aux XIVe et XVe siècles2, joue un rôle essentiel dans le développement de l’âme de conscience. Il permet en effet à l’homme de se saisir activement de l’intellect, et de manier celui-ci de façon consciente et planifiée, avec toute la force de son moi. Cela marque le début du « drame de la connaissance » propre à l’âme de conscience. La conception héliocentrique de l’univers en est une illustration particulièrement claire.
L’astronome de l’époque précédente, la quatrième époque postatlantéenne, cultivait une image du cosmos encore très proche des phénomènes immédiats. Copernic, par contre, fait une supposition qui ne correspond à aucun phénomène extérieur : le Soleil serait immobile au centre du système planétaire. Copernic en déduit que les planètes se déplacent à certaines distances sur des cercles concentriques autour du Soleil, ce qui ne correspond, là encore, à aucune perception. Copernic construit l’image héliocentrique de l’univers avec toute la lumière et la logique du penser intellectuel, à partir de la force de son moi. Dans le 5e livre de son œuvre De revolutionibus orbium coelestium, il montre ensuite comment ces mouvements « imaginés » permettent d’expliquer ceux que l’on voit depuis la Terre.
Il ne s’agit donc pas d’une réflexion sur des phénomènes naturels, mais d’un processus cognitif d’une tout autre sorte. En s’appuyant sur certaines suppositions qu’il faut supposer vraies, le moi construit un système régi par des lois strictes ; un système qu’il comprend totalement, puisqu’il le crée lui-même. Ensuite, il montre que ce système est à la base des phénomènes extérieurs. Avec ce raisonnement, l’homme pénètre dans une réalité qu’il ne peut jamais percevoir par ses sens. C’est aussi le cas lorsque Galilée explique la trajectoire parabolique d’un projectile par la coopération de deux mouvements : celui du lancer, et celui de la chute due à l’attraction terrestre.
Pour caractériser cette nouvelle forme de connaissance conquise par l’âme de conscience, Steiner parle dans son livre La Théosophie de concordance de la pensée – de la loi élaborée intellectuellement par le moi – avec l’ordonnance qui régit de façon répétitive les phénomènes du monde. Dans Les Guides spirituels de l’homme et de l’humanité, il montre où mène ce mode connaissance : « Lorsque Copernic commença à imaginer ce qui existait dans l’espace universel au-delà de l’apparence sensible, c’est alors seulement que débuta l’astronomie moderne actuelle entant que science. Et en fait il en est ainsi pour tous les domaines du savoir. Partout où la science, dans le sens le plus moderne, a vu le jour, elle l’a fait contre l’apparence sensible4. » L’âme de conscience contient donc en germe la disposition à pénétrer par la connaissance le domaine du suprasensible. Mais pour que cette disposition puisse se développer, certains processus de transformation intérieurs sont indispensables.
Le caractère énigmatique du vivant : un seuil pour la connaissance
Dans cet éclairage, comment le goethéanisme trouve-t-il sa place dans le développement de l’âme de conscience ? L’âme de conscience passe par certaines phases. Dans une première phase, le moi travaille dans les profondeurs avec le penser mort, l’intellect, et il s’appuie pour cela sur la perception sensible, donc sur ce qu’il perçoit d’extérieur, ou sur ce qu’il se représente comme un monde extérieur. Ainsi, il se représente le systèmehéliocentrique comme un système de corps matériels avec certaines positions, certains mouvements, dans l’espace. À l’aide de cet intellect étayé par l’observation sensible, l’homme investigue le vaste domaine des lois naturelles – la mécanique, l’optique, l’acoustique, l’électricité, etc. – et il constate que le monde inorganique est partout régi par des lois mathématiques. Mais dès qu’il se tourne vers les manifestations du vivant, il parvient à un seuil. Comment l’homme de l’époque de l’âme de conscience se situe-t-il en par exemple face à une plante, disons un buisson de roses ? Il voit les tiges, qui se déploient largement dans l’espace, et les feuilles formées de plusieurs folioles. Il observe comment de nouvelles tiges, porteuses de fleurs, poussent sur les tiges de l’année précédente. Et dans les fleurs largement ouvertes, il découvre une foule d’étamines. Mais il lui faut bien reconnaître qu’il n’est pas en mesure de comprendre le rosier. Car il ne comprend pourquoi de telles tiges portent précisément de telles feuilles, pourquoi les tiges florales n’apparaissent sur ces premières tiges que la seconde année, etc. Pour lui, le rosier reste une énigme incompréhensible.
Le caractère énigmatique du vivant est un seuil pour la connaissance, un seuil où l’homme moderne doit prendre une décision. Il peut rester en deçà et regarder les phénomènes vivants comme il regarde les choses mortes, de l’extérieur, en se contentant de les interpréter avec l’intellect. Il en vient alors nécessairement au darwinisme, à la génétique moderne et à la biologie moléculaire, c’est-à-dire à des explications qui cachent son incapacité à comprendre. Il peut aussi s’efforcer de franchir le seuil, et de pénétrer avec son activité de connaissance dans cette réalité dont les formes vivantes sont issues. Mais il ne suffit plus, pour cela, d’observer de l’extérieur ; il lui faut développer des forces de connaissance qui plongent réellement dans le monde du devenir, ce monde dans lequel agissent les forces et les lois qui forment le rosier, ou tout autre plante.
On arrive alors à ce domaine où commence l’initiation post-christique. Cette initiation, comme tout chemin initiatique, comporte plusieurs étapes, que l’on qualifie aussi de grades. La première étape, comme Rudolf Steiner le décrit dans Comment l’humanité peut-elle retrouver le Christ ?, est la « porte des formes naturelles ». « Goethe, explique Steiner, cherchait à aller au-delà des lois naturelles [...] pour atteindre l’activité formatrice, les formes. C’est pourquoi il fonda une morphologie au sens supérieur, une morphologie spirituelle. Il ne cherchait pas à fixer ce que les sens extérieurs transmettent, mais à saisir ce qui se forme. [...] Ce vers quoi l’initiation moderne doit aller, et ceci de plus en plus, ce sont ces formes qui se montrent, certes, dans les formes sensibles extérieures, mais sont au-delà de l’espace et du temps5. »
Lorsqu’il sera maintenant question du Goethéanisme, ce sera dans le sens de cette morphologie spirituelle, et non celui, bien plus vaste, des recherches de Goethe sur la couleur, la minéralogie, la géologie, la météorologie, voire l’acoustique.
Le principe d’initiation de la morphologie spirituelle
Le centre, et en même temps le point de départ de cette morphologie est le petit écrit la Métamorphose des plantes qui date de l’année 1790. On peut certes lire ce texte et l’appliquer à l’observation du monde végétal sans y ressentir le moindre début d’un processus initiatique. La plupart des gens ne remarquent même pas que la véritable compréhension suppose d’emblée un mode d’observation différent de celui que l’on applique par ailleurs. Lorsque, en 1817, Goethe publia pour la deuxième fois la Métamorphose des plantes, il ajouta trois courts essais aux 123 paragraphes existants. Dans le deuxième, on trouve une indication méthodique importante. Il y est question du besoin « d’identifier les formations vivantes, d’appréhender en une totalité leurs composantes visibles, saisissables, de voir en elles ce par quoi s’exprime l’être intérieur, et ainsi de parvenir en quelque sorte à une vision dominant l’ensemble ». Et Goethe ajoute que « ce désir de l’homme de science est proche de l’impulsion artistique et de l’instinct d’imitation6 ».
Lorsque l’homme suit son penchant artistique, il ne se contente pas d’observer : il agit, en tant que peintre ou sculpteur, en faisant appel à des forces créatives vivantes. Il participe à la genèse de son œuvre, et la connaît donc comme de l’intérieur. Lorsqu’on imite quelqu’un, on exécute immédiatement ce que l’autre fait. On le laisse vivre en soi parce qu’on se fond en lui. Il ne faut donc pas considérer les formes de la nature vivante comme des objets achevés, mais, quand on les observe, les recréer à l’aide de forces artistiques. Il faut reproduire, en l’imitant, et donc saisir de l’intérieur, ce que l’on avait jusque-là simplement observé de l’extérieur à l’aide des sens.
Les forces grâce auxquelles on apprend à reproduire les formes sont les mêmes que celles qui servent au sculpteur à modeler son œuvre. Il faut, comme le formula une fois Rudolf Steiner, « mettre en mouvement le principe plastique en l’homme7 ». Il s’agit des forces du corps éthérique qui, durant les six premières années de la vie, jusqu’au changement de dentition, ont modelé l’organisme aux formes encore primitives, et se sont ensuite partiellement dégagées des organes. Il faut saisir ces forces dans les profondeurs inconscientes de son propre être et, avec elles, reproduire les formes de la plante. Cela demande des forces du moi plus actives que lors de la simple observation. Sans cette activité intensifiée du moi, on n’accède pas au goethéanisme. Le moi ne peut en effet devenir formateur qu’en s’emparant de ces forces modelantes du corps éthérique.
L’organisation élémentaire de la plante – Un chemin vers la plante primordiale
Il s’agit tout d’abord d’appréhender à l’aide des forces formatrices éthériques ce que Goethe, dans l’essai évoqué, appelle le « type végétatif ». Goethe pensait que le même principe formateur, la plante primordiale, est à l’œuvre dans toute plante. C’est lui qui se manifeste dans chaque forme végétale concrète en se spécialisant dans une direction particulière. Dans sa Métamorphose des plantes, Goethe décrit cette entité végétale générale. Si l’on veut la connaître, il faut d’abord prendre en compte le fait que la plante est profondément entrelacée dans les forces et les éléments de la nature, et qu’elle se développe en relation avec ces forces et ces éléments.
Après la germination, on voit d’abord se développer la tige verte, avec une succession répétée d’internœuds – les segments de tige entre les feuilles – et de feuilles. Cette tige se forme sous l’influence des forces de pesanteur (gravitation), qui sont orientées vers le centre de la terre et durcissent tout ce qu’elles saisissent. On peut alors suivre avec le regard intérieur la manière dont ces forces interviennent dans le tendre tissu vivant à la pointe de la tige, et provoquent son allongement en même temps que son durcissement. L’apparition des feuilles, par contre, est due à d’autres forces. La plante prend ici en elle la vie subtile, légère, de l’air, dans laquelle agissent des forces opposées à celles de la terre. Ce sont des forces qui provoquent la dispersion de l’air dans toutes les directions (c’est pourquoi l’air exerce une pression sur toutes les parois du récipient qui le contient.) Là encore, on peut suivre activement, avec le regard intérieur, la façon dont la feuille se forme en relation avec ces forces. Elle s’étale. Au centre apparaît une nervure plus ou moins dure. Sur les bords, là où la feuille s’étend dans le limbe, les nervures et le tissu s’affinent, s’amincissent sous l’effet des forces dissolvantes et dissipatrices de l’air. Quant à l’action du soleil, elle se traduit par le fait que la feuille s’étale sur un plan.
Le fait de recréer ainsi en soi le processus formateur de la feuille et de la tige modifie quelque chose en l’homme. Quand on observe une feuille de la façon courante, on se forme involontairement une représentation, du fait que l’intellect, par l’entremise du cerveau, entre en relation avec l’œil, c’est-à-dire avec l’impression visuelle. Cette représentation est comme l’intellect : figée, morte. Mais lorsqu’on recrée en soi de la façon indiquée le devenir de la feuille, cette représentation morte se pénètre des forces formatrices modelantes du corps éthérique, et s’emplit de vie. En reproduisant à l’aide de ces forces de vie le processus formateur, le moi redonne vie à ce qui était mort.
On peut ensuite reproduire en soi la manière dont le processus formateur se modifie quand on passe aux feuilles suivantes. Tout d’abord, la feuille grandit ; elle commence à s’étaler un peu sur son pourtour, du fait qu’elle entre davantage dans le domaine des forces formatrices de l’air. Il s’agit maintenant de trans-former avec ces forces l’image de la première feuille, qui était elle-même pénétrée des forces modelantes du corps éthérique. On parvient alors à une vision entièrement tendue par ces forces, et l’on plonge dans la sphère de la vie formatrice.
Le moi qui s’active ainsi grâce aux forces du corps éthérique, fait naître des images intérieures que ne dépendent plus, comme c’est le cas des représentations habituelles, de la vision sensible. Ces images sont animées par la vie des forces modelantes formatrices. Elles ont une vie propre. Grâce à elles, l’homme peut quitter la conscience attachée aux sens et accéder à une réalité suprasensible. Dans cette conscience transformée, le moi participe activement au prochain pas du développement.
Le moi qui s’active ainsi grâce aux forces du corps éthérique, fait naître des images intérieures que ne dépendent plus, comme c’est le cas des représentations habituelles, de la vision sensible. Ces images sont animées par la vie des forces modelantes formatrices. Elles ont une vie propre. Grâce à elles, l’homme peut quitter la conscience attachée aux sens et accéder à une réalité suprasensible. Dans cette conscience transformée, le moi participe activement au prochain pas du développement.
Lorsque la feuille, après avoir atteint le maximum de son extension, se contracte à nouveau, les pousses latérales de l’inflorescence jaillissent des axes de ces feuilles simplifiées. On observe alors un changement dans l’être de la plante en devenir. La pousse centrale s’était formée, avec le pied, dans la continuité de la racine. Elle subit encore directement l’action des forces terrestres (gravitation). Or maintenant, du fait que le soleil intensifie son action sur la tige centrale, les pousses latérales de l’inflorescence se développent vers la périphérie. La plante se libère quelque peu de sa dépendance des forces terrestres. Les processus formateurs sont désormais induits par une plus forte activité de la chaleur, cette force qui disperse tout ce qui est compact pour l’amener à un état plus subtil. Lorsqu’on accomplit ainsi, en y participant, la manière dont la chaleur du soleil agit dans le processus de la formation végétale, on saisit comment elle paralyse les forces durcissantes de la terre et arrête la croissance de la tige, et comment la feuille se métamorphose : elle perd toute sa densité; il n’y a plus de pétiole dur ni même de nervures. La feuille devient fine, délicate, et s’élargit en pétale. À l’aide des forces plastiques formatrices de son propre corps éthérique, on peut suivre la métamorphose de la plante en inflorescence. Cette participation active peut se poursuivre avec le dernier processus de transformation, qui donne naissance aux étamines, au pistil, puis à la maturation du fruit.
En s’exerçant ainsi longtemps à suivre le chemin de Goethe, on parvient à contempler une entité végétale éminemment vivante, qui se transforme intérieurement en faisant jaillir d’elle des formes toujours neuves. Cette entité végétale ne se trouve pas plus dans le domaine des perceptions extérieures que l’image du système héliocentrique de Copernic. On ne parvient à la connaître que si le moi surmonte la mort intérieure de l’intellect en devant actif dans les forces formatrices vivantes du corps éthérique. Ces forces sont le milieu dans lequel vit cette entité végétale, la plante primordiale.
L’organisme de la plante primordiale
La plante primordiale est un organisme vivant. Ses différents organes sont intérieurement en rapport les uns avec les autres ; ils sont issus les uns des autres par une métamorphose. Un tel rapport existe aussi entre les deux systèmes que Goethe a décrit dans son dernier travail botanique (1831) : le système vertical (racine et tige) et le système spiral (les feuilles et leurs métamorphoses) : « L’un ne peut être pensé séparé de l’autre, parce que l’un n’exerce que par l’autre son action vivante8 ». Les deux appartiennent à l’organisme de la plante primordiale. Si l’un des processus formateurs agit avec une plus grande intensité dans cet organisme, alors celui-ci prendra un caractère particulier.
Cela place la connaissance devant une tâche bien précise. Dans l’image vivante de la plante primordiale, il s’agit d’intensifier un processus précis – la croissance de la tige, la formation des feuilles, la floraison, etc. – et de suivre alors la façon dont cela se répercute dans l’être entier de la plante, c’est-à-dire dont la plante primordiale se transforme en une plante particulière. Dans sa Théorie de la connaissance chez Goethe, Rudolf Steiner caractérise cette tâche de la connaissance de la manière suivante : « Nous devons développer, à partir de la forme primordiale, chaque cas particulier qui se présente à nous. » Et puis, de façon encore plus décidée : « Il faudrait [...] admettre à titre d’hypothèse, certaines formes que le type [la plante primordiale] peut prendre » et « montrer comment ces aspects hypothétiques peuvent constamment être rapportés à une forme précise, que nous pouvons observer9 » (voir l’exemple de l’œillet ci-après).
Le goethéanisme en tant que recherche suprasensible – L’âme de conscience en tant qu’âme d’imagination
Comment l’âme de conscience se développe-t-elle lorsque, dans le goethéanisme, elle se hisse à ce niveau du connaître ? On ne trouve pas dans le monde sensible ces métamorphoses par lesquelles la plante primordiale se transforme dans les diverses formes végétales. Elles s’accomplissent dans un domaine qui est à la base du monde sensible. C’est là que naissent les principes formateurs de toutes les plantes que l’on perçoit dans la nature. On parvient, par la connaissance, dans une région suprasensible du monde, dans laquelle on comprend comment toutes les formes végétales, y compris les algues, les fougères, etc., sortent d’un centre commun.
On a récemment qualifié le goethéanisme de « recherche liée aux sens10 ». À côté de cela, il faut souligner que le goethéanisme conduit dans une réalité suprasensible, créatrice. L'acte de connaître n’y est pas le même que dans le monde extérieur. Cela devient un « faire » spirituel. Par une activité spirituelle, on prend part à la façon dont les principes formateurs des caryophyllacées, des ombellifères, des crucifères, etc., émanent de la plante primordiale. Ces principes formateurs ne sont pas accessibles à nos sens, mais seulement à notre esprit. Lorsqu'on produit en soi des formes spirituelles telles que ces principes formateurs, on élabore des imaginations, c'est-à-dire des images de réalités spirituelles11. Avec le goethéanisme, l'âme de conscience se hisse au point de départ d'une « façon imaginative de considérer le monde12 ». Ce qui précède montre que le goethéanisme porte en lui l'impulsion du développement de l'âme de conscience. Du fait que le moi surmonte la mort qui règne dans l'intellect de l'homme moderne, l'âme de conscience pénètre le monde de la vie et ses lois. En vainquant la mort à l'aide des forces formatrices modelantes du corps éthérique, l'homme trouve un accès à l'archétype du monde des plantes. Et en intensifiant le penser devenu vivant, l'homme de l'époque de l'âme de conscience parvient au point de départ de la conscience imaginati ve. Il apprend à voir dans le monde des plantes les multiples métamorphoses de cet archétype. Ce chemin qui mène de la mort de l'intellect à la sphère de la vie est un processus de résurrection – et le début de l'initiation post-christique. Avec ce chemin commence la remontée que l'homme doit accomplir à l'époque de l'âme de conscience : partant du sensible, il doit accéder au suprasensible. C'est pourquoi la connaissance du monde des plantes est une des tâches centrales de notre époque. « Nous trouvons dans le goethéanisme le ton général pour ce qui devra être recherché pendant cette cinquième époque post-atlantéenne13 » (Rudolf Steiner).
Comment la plante primordiale prend une forme spécifique : un exercice en guise d’exemple
Quelle forme végétale prend la plante primordiale lorsque la formation de la tige – et avec elle l’effet des forces durcissantes – s’intensifie ?

Les parties de tiges qui séparent les feuilles deviennent plus longues et plus dures. Or dans la tige, la plante est totalement centrée sur elle-même. Ici, cette tendance s’intensifie et influence même la formation des feuilles. C’est pourquoi les feuilles ne s’étendent plus dans l’atmosphère lumineuse comme c’est le cas dans le cas dans le type général, mais sont retenues sur la tige. De plus, chaque feuille devient étroite, allongée, dure. La tendance verticale réprime la tendance spirale, de sorte que les feuilles ne se dirigent plus dans les différentes directions mais se concentrent par paires axées chaque fois sur la tige.
L’effet de centrage de la tige se manifeste aussi en freinant le développement de l’inflorescence. Les tiges latérales de cette inflorescence restent courtes, de sorte que les fleurs s’écartent assez peu vers la périphérie. La fleur elle-même, enfin, prend une forme centrée. Dans la plante type, le calice s’ouvre et les pétales se tournent ves la périphérie. Ici, le calice prend la forme d’un tube étroit centré sur lui-même. Quant aux pétales, ils sont étroits comme les feuilles le long de la tige.
On peut accomplir, avec les forces formatrices modelantes, l’ultime stade de la métamorphose : on suit, dans la contemplation intérieure, la façon dont l’être entier de la plante se métamorphose en œillet, et plus généralement en la famille des caryophyllacées (particulièrement les silènes). On comprend le rapport interne entre la forme des différents organes parce que l’on a participé activement à l’apparition de ce rapport. De la même façon, on peut apprendre à comprendre les ombellifères lorsqu’on examine comment s’intensifie la floraison ; les crucifères lorsque s’intensifie la force qui pousse la plante hors de terre, etc.
Le moi élabore avec toute la conséquence intérieure d’une activité pensante formatrice un rapport conforme à une loi, et il retrouve cette loi formatrice dans les formes végétales concrètes. La connaissance à laquelle on parvient ainsi consiste en la concordance de la loi que l’on saisit dans ses pensées et de l’ordre du monde, c’est-à-dire en l’appréhension de la vérité au niveau de l’âme de conscience.
Notes
1) Steiner, R. : Der innere Aspekt des sozialen Rätsels (GA 193), conférence du 1409 1919 (non traduit).
2) Steiner, R. : Le Christianisme ésotérique et la direction spirituelle de l'humanité, GA 130, Éditions anthroposophiques romandes.
3) Steiner, R. : La Théosophie, GA 9, Novalis.
4) Steiner, R. : Les Guides spirituels de l'homme et de l'humanité, Éditions anthroposophiques romandes, 1984, p. 100.
5) Steiner, R. : Comment l'humanité peut-elle retrouver le Christ ? GA 187, Éditions anthroposophiques romandes.
6) Goethe : La Métamorphose des plantes, Triades, 1999, p. 76.
7) Steiner, R. : Gegenwärtiges Geistesleben und Erziehung, GA 307 (non traduit).
8) Goethe : La Métamorphose des plantes, Triades, 1999, p. 288.
9) Steiner, R. : Une Théorie de la connaissance chez Goethe, 2002, p. 116.
10) Schad, W. : Was ist Goetheanismus ?, in : Tycho-de-Brahe-Jahrbuch für Goetheanismus, Niefern-Öschelbronn 2001, S. 59.
11) Steiner, R. : Le Mystère de la Trinité, GA 214, Novalis.
12) Ibid.
13) Steiner, R. : L'éducation, un problème social, GA 296, Éditions anthroposophiques romandes, 1988, p. 107.

Les parties de tiges qui séparent les feuilles deviennent plus longues et plus dures. Or dans la tige, la plante est totalement centrée sur elle-même. Ici, cette tendance s’intensifie et influence même la formation des feuilles. C’est pourquoi les feuilles ne s’étendent plus dans l’atmosphère lumineuse comme c’est le cas dans le cas dans le type général, mais sont retenues sur la tige. De plus, chaque feuille devient étroite, allongée, dure. La tendance verticale réprime la tendance spirale, de sorte que les feuilles ne se dirigent plus dans les différentes directions mais se concentrent par paires axées chaque fois sur la tige.
L’effet de centrage de la tige se manifeste aussi en freinant le développement de l’inflorescence. Les tiges latérales de cette inflorescence restent courtes, de sorte que les fleurs s’écartent assez peu vers la périphérie. La fleur elle-même, enfin, prend une forme centrée. Dans la plante type, le calice s’ouvre et les pétales se tournent ves la périphérie. Ici, le calice prend la forme d’un tube étroit centré sur lui-même. Quant aux pétales, ils sont étroits comme les feuilles le long de la tige.
On peut accomplir, avec les forces formatrices modelantes, l’ultime stade de la métamorphose : on suit, dans la contemplation intérieure, la façon dont l’être entier de la plante se métamorphose en œillet, et plus généralement en la famille des caryophyllacées (particulièrement les silènes). On comprend le rapport interne entre la forme des différents organes parce que l’on a participé activement à l’apparition de ce rapport. De la même façon, on peut apprendre à comprendre les ombellifères lorsqu’on examine comment s’intensifie la floraison ; les crucifères lorsque s’intensifie la force qui pousse la plante hors de terre, etc.
Le moi élabore avec toute la conséquence intérieure d’une activité pensante formatrice un rapport conforme à une loi, et il retrouve cette loi formatrice dans les formes végétales concrètes. La connaissance à laquelle on parvient ainsi consiste en la concordance de la loi que l’on saisit dans ses pensées et de l’ordre du monde, c’est-à-dire en l’appréhension de la vérité au niveau de l’âme de conscience.
Notes
1) Steiner, R. : Der innere Aspekt des sozialen Rätsels (GA 193), conférence du 1409 1919 (non traduit).
2) Steiner, R. : Le Christianisme ésotérique et la direction spirituelle de l'humanité, GA 130, Éditions anthroposophiques romandes.
3) Steiner, R. : La Théosophie, GA 9, Novalis.
4) Steiner, R. : Les Guides spirituels de l'homme et de l'humanité, Éditions anthroposophiques romandes, 1984, p. 100.
5) Steiner, R. : Comment l'humanité peut-elle retrouver le Christ ? GA 187, Éditions anthroposophiques romandes.
6) Goethe : La Métamorphose des plantes, Triades, 1999, p. 76.
7) Steiner, R. : Gegenwärtiges Geistesleben und Erziehung, GA 307 (non traduit).
8) Goethe : La Métamorphose des plantes, Triades, 1999, p. 288.
9) Steiner, R. : Une Théorie de la connaissance chez Goethe, 2002, p. 116.
10) Schad, W. : Was ist Goetheanismus ?, in : Tycho-de-Brahe-Jahrbuch für Goetheanismus, Niefern-Öschelbronn 2001, S. 59.
11) Steiner, R. : Le Mystère de la Trinité, GA 214, Novalis.
12) Ibid.
13) Steiner, R. : L'éducation, un problème social, GA 296, Éditions anthroposophiques romandes, 1988, p. 107.
Revue L'Esprit du temps N°48, hiver 2003
Extrait de Das Goetheanum N° 40, 29 septembre 2002. Traduit de l’allemand avec l’autorisation de l’éditeur par Raymond Burlotte.
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